We Love Futur : un jeu de rôle grandeur nature pour éduquer aux réseaux sociaux
Déployé en Haute-Savoie, le programme We Love Futur propose une immersion d'une semaine aux collégiens et collégiennes pour dévoiler les coulisses de la création de contenus numériques. Entre ambition pédagogique et réalités de terrain, voici notre retour sur les enseignements d’un dispositif qui place l'élève dans la peau d'un professionnel des médias sociaux.
Face à l'omniprésence des plateformes sociales (TikTok, Instagram, YouTube), les adolescents consomment quotidiennement des informations orientées par leur profil et leurs pairs sans identifier les mécaniques qui amènent ces contenus jusqu’à eux. Pour répondre à ce défi, l’association Fréquence écoles, en partenariat avec la Ligue de l’Enseignement, a conçu We Love Futur dans le cadre du projet européen Interreg ALCOTRA IMAJE.
Le dispositif repose sur une mise en situation réaliste : une classe entière est transformée, le temps d'une semaine (20 heures), en une agence de communication digitale. Encadrés par un intervenant jouant le rôle de directeur d'agence, les élèves ont pour mission d'alimenter un média dédié aux initiatives de développement durable et de résilience du territoire alpin.
Le parcours pédagogique est structuré en quatre phases clés :
Lancement et conférence de rédaction : Compréhension des enjeux et répartition des rôles.
Reportage de terrain : Collecte de matériaux (interviews, captations vidéo et photo) auprès d'acteurs locaux engagés dans la transition écologique.
Post-production : Montage des contenus sur Canva en respectant des cadres médiatiques précis (interviews verticales, topitos, reportages photo).
Publication et analyse : Mise en ligne des productions et débriefing sur l’impact des contenus et le fonctionnement des plateformes.
Les enseignements de l’expérience terrain
Les premières sessions menées à Marignier et Chamonix ont permis de stabiliser plusieurs partis pris pédagogiques majeurs :
L'efficacité du cadre contraint : L'utilisation de modèles de publication prédéfinis ne freine pas la créativité. Au contraire, elle favorise l'autonomie des élèves en clarifiant les attentes journalistiques et les codes des réseaux sociaux.
La motivation par la responsabilité : Produire pour un média réel change la dynamique scolaire. Les élèves ne réalisent plus un exercice, mais une contribution concrète destinée à un public, ce qui renforce leur engagement.
Une éducation sans jugement : Le jeu de rôle permet d'aborder des questions techniques et éthiques (droit à l’image, algorithmes, économie de l'attention) sans posture moralisatrice, en partant de l'expérience vécue durant la semaine.
Défis et contraintes qui restent à dépasser
Le déploiement de We Love Futur souligne également des exigences logistiques et juridiques importantes :
Un équipement semi-professionnel conçu pour une classe entière
Pour garantir une posture professionnelle, il est nécessaire de mobiliser un pack matériel conséquent (ordinateurs, iPhone 14 Pro, boîtiers 4G, reflex, micros-cravates), même si nous avons essayé de réduire l’investissement en créant des équipes. Cette exigence limite pour l'instant la possibilité de mener plusieurs interventions simultanées et cet investissement questionne la réplicabilité du dispositif, dans un autre cadre que ce projet.La complexité du cadre légal
La publication de contenus produits par des mineurs sur les plateformes actuelles impose d’être respectueux de leur droit à l’image et de leurs données personnelles. Pour réussir ce défi, nous avons créé des comptes spécifiques pour les médias qui n’exposent pas les jeunes sur les réseaux. Par ailleurs, leur visage et leur nom n'apparaît pas sur les publications. L’enjeu de protection des élèves limite nécessairement le jeu de rôle, malgré la recherche de solutions réalistes et reste compliqué à dépasser dans un cadre scolaire.La recherche de partenariats locaux
Le succès du programme repose sur la capacité à identifier des lieux de sortie pertinents et des professionnels disponibles pour accueillir les classes. Cette tâche se révèle chronophage pour les équipes d’intervenants et parfois coûteuse pour les établissements quand il faut organiser les déplacements alors qu’elle est pourtant essentielle pour l'ancrage territorial du projet.
Perspectives de déploiement
Dès le début de l'année 2026, le projet franchira une nouvelle étape avec des sessions prévues en Italie, notamment au lycée linguistique de Courmayeur et au collège d’Aoste. Cette dimension transfrontalière permettra d'enrichir les pratiques pédagogiques et d'élargir la visibilité des initiatives de résilience à l'échelle de l'arc alpin. Dans le cadre du projet, 60 semaines d’intervention sont prévues durant les 3 ans de projet et permettront de documenter et de diffuser un bilan complet d’impact comme les ressources pédagogiques associées.
Pour consulter les productions des élèves ou rejoindre le projet si vous êtes un établissement scolaire de Haute-Savoie ou de la Vallée d’Aoste, rendez-vous sur le site du média www.welovefutur.fr