Éducation > Édito

Édito

La parole à ... Elodie Kredens

Docteure en Sciences de l'Information et de la Communication en charge de l'étude « Internet et les jeunes »

Pouvez-vous nous rappeler l'objet de cette étude et ce qui a motivé ce projet au départ ?
Cette étude répond à  un appel à  projet de la Fondation pour l'Enfance. Il s’agissait de mieux connaître les pratiques des jeunes sur Internet, de procéder à  une véritable immersion dans leur univers numérique. Nous voulions répertorier et comprendre leurs usages d’Internet dans le but de mieux cerner les risques qu’ils peuvent encourir.

Quels sont les résultats les plus surprenants ? Que "disent-ils" ?
Plusieurs tendances sortent des résultats, notamment celle-ci : les plus gros joueurs sur Internet se recrutent chez les enfants et non pas chez les adolescents.En fait, plus les jeunes grandissent et plus leurs usages d’Internet se déploient. Les réseaux sociaux prennent alors de plus en plus d’importance. Sur Internet, l’adolescent se consacre davantage à  l’entretien de ses relations qu’au jeu. Cette préoccupation ne se retrouve pas chez les plus petits.

Autre chose : les jeunes ne sont pas des « inconscients » du web. Une écrasante majorité est sensibilisée aux risques sur le web, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Ce résultat montre que les discours de prévention circulent et s’intériorisent. Les instances de sensibilisation sont d’ailleurs nombreuses et variées. Aujourd’hui la problématique des risques sur Internet concerne davantage l’acquisition de compétences pratiques pour se prémunir des dangers.

Quelles sont les anecdotes / retours d'expériences les plus parlants que vous ayez eu au cours de l'étude ?
Il s'agit là  de mon ressenti, mais j'avoue avoir été frappée par la vision plutôt négative et anxiogène des adultes sur l’Internet des jeunes. Il existe un décalage certain entre la manière dont les enfants et les adolescents vivent et perçoivent Internet et les représentations de certains parents et professeurs. Je pense que les adultes ont peur et qu’ils ne perçoivent pas nécessairement les aspects bénéfiques d’Internet chez les jeunes.

De façon beaucoup plus anecdotique, je garde en mémoire le récit incroyable de cette collégienne, issue d’un milieu populaire, qui boursicotait avec son père et qui gagnait de l’argent par ce moyen. Je ne m’attendais pas à  rencontrer une telle activité, et il faut le dire, surtout dans cet environnement.

 
Créé le 03/03/2010, par Florie Séchaud
 

La parole à ... Dominique Pasquier

Directrice de Recherche au CNRS et responsable France de l'étude EU Kids Online

Qu'est-ce qui au départ a motivé l'idée de mener une enquête à  l'échelle européenne ?
Il est évident que la question des jeunes et Internet est d'une importance cruciale aujourd'hui, et ce d'autant plus que les parents se sentent souvent "débordés" par la situation. Comme on le sait, il est en réalité impossible ou presque de contrôler les usages de l'outil par les enfants. C'est une situation nouvelle par rapport aux questions de contrôle posées par les médias traditionnels. Les enjeux sociaux de l'enquête sont donc énormes et on a un besoin urgent de données empiriques à  grande échelle.

Quelle est l'importance pour la France de faire partie d'un tel projet ?
Comme l'ont déjà  montré plusieurs enquêtes comparatives, la France se distingue assez nettement des pays d'Europe du Nord, Allemagne compris. En même temps, elle ne s'aligne pas strictement sur l'Europe du Sud.
Cette position intermédiaire (en termes d'équipements comme d'usages) rend le cas français très important. Le fait que le projet Eukids Online englobe de nombreux pays d'Europe de l'Est sur la base du même questionnaire me semble aussi être un choix très prometteur. On manque de statistiques comparables sur toutes ces questions.

Quelles sont les spécificités françaises qui se dégagent ?
Il est trop tôt pour le dire, c'est le terrain qui nous le dira.

 
Créé le 03/31/2010, par Florie Séchaud
 

La parole à ... Emmanuel Vaillant

Chef de rubrique pour l'Etudiant

Journaliste d'hier, journaliste d'aujourd'hui... Faites-vous le même métier que vos confrères il y a 20 ans ?
À première vue le métier de journaliste n’a pas changé. Même si les manières de travailler sont très différentes d’un support à  l’autre, d’un quotidien généraliste à  un mensuel spécialisé, d’une chaîne de télé à  un site internet, les règles restent les mêmes : rechercher une information, la sélectionner, la vérifier, la mettre en scène c’est à  dire la rendre accessible et compréhensible au public.

Seulement les conditions d’exercice du métier ont profondément et rapidement évolué. D’une part, avec le développement du numérique et des nouvelles technologies de communication, les journalistes n’ont plus le monopole du traitement de l’information. D’autres acteurs sont à  prendre en compte, des experts aux citoyens qui participent aussi à  la fabrication de l’information (commentaires, tweet, blogs…). Cela impose des exigences nouvelles : plus de réactivité, plus d’interactivité… D’autre part, et c'est inquiétant, les conditions économiques se sont très nettement dégradées : précarisation de la profession, fragilité des titres de presse, manque de moyens…

La presse ne se résume plus au papier, mais est devenue multi-supports (presse, web, mobile). En quoi cela a-t-il changé la donne dans l'exercice de votre métier ?
Le multi-supports c’est à  dire la multiplication des modes de diffusion a évidemment une incidence sur le travail des journalistes, et en aura de plus en plus. Cela signifie concrètement qu'une information diffusée n'est jamais "finie". On travaille dans un flux continu, au cours duquel l'info en ligne est modifiée, agrémentée, restructurée au fil du temps et des compléments à  ajouter. Mais attention, ces nouvelles technologies ne doivent pas être l'occasion de faire des économies sur les moyens humains. Ces outils ne doivent pas non plus détourner d'un travail de terrain qui reste le métier fondamental du journaliste.

Vous qui "faites" l'information, quel regard portez-vous sur l'éducation aux médias ?
Je constate que de très nombreuses et belles initiatives sont menées depuis plusieurs années pour éduquer les jeunes aux médias. Et elles sont très efficaces. Seulement il y a encore beaucoup à  faire encore pour réduire les inégalités entre ceux qui ont les moyens de décrypter l’information avec un regard critique et ceux qui ne les ont pas. Il est urgent de réduire cette fracture culturelle qui osons le dire relève d'un enjeu démocratique.

 
Créé le 05/05/2010, par Dorie Bruyas
 
 
 
 

Fréquence Écoles

8 rue Chaponnay
69003 Lyon France
Tél : + (0) 33 4 72 98 38 32